Microsoft et les smartphones : tu veux ou tu veux pas ?

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Microsoft et les smartphones : tu veux ou tu veux pas ?

Microsoft et la téléphonie, c'est une histoire compliquée. Et pas sûr qu'on parvienne à y voir plus clair désormais. Notre confrère du Point a interrogé le nouveau patron de Microsoft France, Vahé Torossian, ex-vice-président monde de l'éditeur.

"Notre stratégie pour Windows Phone est de nous focaliser sur la partie entreprises, nous sommes aujourd'hui sortis de la partie grand public" confie-t-il. La firme de Redmond prévoit donc de faire une pause de quelques années, faisant "le pari d'un saut technologique".

Microsoft attend la seconde manche, dans quelques années

En clair, Microsoft a manqué le train des smartphones (les chiffres en témoignent) et ressaiera une fois leurs successeurs débarqués. Et les rumeurs de Surface Phone alors ? La perspective d'un tel terminal pour les particuliers "s'efface", en déduit Le Point.

Après Nokia et BlackBerry, ajoutons donc dès à présent Microsoft à la liste des ex du smartphone. Bah en fait, ce n'est pas si sûr. En vérité, les dirigeants de la firme font entendre deux sons de cloche différents. A priori. Bref, on s'y perd.

Pour Vahé Torossian, la sortie du segment grand-public est actée - par les faits plus qu'elle n'est officialisée. Sauf que le discours n'est pas aussi évident à décrypter du côté des US. Lors d'une session sur la conférence Ignite, l'éditeur a rappelé cette semaine les déclarations de mai dernier de Terry Myerson, le patron de la division Windows et terminaux.

Et ce dernier assurait donc de la volonté de Microsoft de supporter les Lumia actuels et de développer de nouveaux appareils. La firme continuera en outre d'investir pour concevoir des terminaux maison différenciés ['first party'].

Comment faire exister Windows Mobile sans terminaux de masse ?

Alors oui Vahé Torossian et Terry Myerson ne se contredisent pas nécessairement. Le second ne promet pas explicitement de nouveaux Lumia, ce qui peut effectivement signer la fin des smartphones pour le grand-public.

Néanmoins, Microsoft n'a pas tiré un trait sur la production de nouveaux appareils sous sa propre marque. L'hypothèse d'un Surface Phone, comme il existe déjà des tablettes Surface et un PC Surface Book, n'est pas à bannir.

  • Lire : Un Surface Phone pour succéder aux Lumia, et l'espoir renaît pour Microsoft

Et si un tel smartphone voit effectivement le jour, il ne sera pas exclusif aux entreprises. Ce à quoi renonce véritablement Microsoft, c'est à concevoir des smartphones spécifiquement destinés à un marché de masse.

La gamme Surface tient avant tout de la vitrine, notamment à l'attention des partenaires OEM, le constructeur ne visant pas les volumes. Entre Surface Pro, Surface Book et un Surface Phone, une différence de taille toutefois : l'OS.

Les deux premiers sont sous Windows x86 et l'éditeur n'a pas besoin de ses propres ventes de terminaux pour faire exister sa plateforme et encourager constructeurs et éditeurs à l'adopter. Il en va tout autrement de Windows 10 Mobile. Les ventes de smartphones sous Windows sont essentiellement assurées par Microsoft avec les Lumia.

Une Surface Phone en attendant le saut technologique

En se retirant, ou plutôt en étant poussé vers la sortie faute de demande, comment l'éditeur encouragera-t-il les développeurs à concevoir des apps pour son écosystème, et par ricochet d'autres fabricants à produire à leur tour des smartphones Windows 10 Mobile ? Un Surface Phone peut-il résoudre à lui seul l'équation ? C'est fonder beaucoup d'espoirs sur un produit et sur une plateforme boudée jusqu'à présent.

Microsoft semble, par la voix de ses dirigeants, faire un constat d'échec, mais sans tout assumer en termes de répercussions. Il reconnaît ainsi son incapacité à se doter d'une activité smartphone rentable. Il maintient malgré tout Windows 10 Mobile dans l'espoir d'attirer développeurs et constructeurs. Mais ceux-ci doivent-ils sincèrement croire qu'ils pourront monétiser apps et terminaux auprès du grand-public alors que Microsoft fait lui le constat inverse ?

Le géant peut également faire le choix de renoncer à attirer les développeurs d'applis pour le grand-public, pour dans ce domaine aussi privilégier l'entreprise. Des déclarations de 2015 de Satya Nadella allaient d'ailleurs en ce sens.

"Une partie de la vraie (attraction) des terminaux Windows est l'administration et la sécurité. Le fait que votre dernière application de football ou qu'une application de réseau social ne soit pas disponible n'est pas vraiment un problème (dans les scénarios entreprise). Ce qui compte pour vous, c'est la gestion d'identité, la sécurité, la protection".

  • Voir aussi : Retour vers le futur - Dites, z'avez pas vu Windows Phone ?

Pour Microsoft, toute la difficulté consiste à maintenir une présence suffisante dans le secteur de la téléphonie en attendant donc "un saut technologique" dont il espère alors légitimement bénéficier. Pour traverser les années d'ici là, il a besoin d'une vitrine lui permettant d'exister dans l'esprit des consommateurs en tant qu'acteur du smartphone.

Mais en se cantonnant à l'entreprise, en particulier au niveau de l'écosystème applicatif et en renonçant aux éditeurs d'apps grand-public, comment espérer "dans quelques années" réussir là où il a échoué ? Cela tient en effet du "pari".